Women’s Cup 2018 : ITW de Caroline Santelli, 3e / 600cc

Caroline Santelli, 3e sur le podium « Championne de France » de la coupe Women’s Cup.

Cette année elle a gagné son titre bien qu’elle ne le réalise pas vraiment sur le moment. Elle est 3e !

Anne Louise Floury #3 est sacrée « Championne de France » dans la catégorie 600cc et Margaux Wanham dans la catégorie 1000cc.  Julia Jacquet #1 est seconde malgré sa chute au 14e tour et Caroline Santelli #40,  la pilote Corse se positionne à la 3e marche du podium.

Cette femme pilote a assuré une très belle saison malgré son boulot-passion et sa distance des circuits (Corse). Aussi, le e-magazine a voulu en savoir un peu plus à travers cette interview.

Qui est Caroline Santelli ?

Caroline Santelli : « J’ai 42 ans. Je vis en Corse où j’exerce mon métier de directrice et professeur des écoles dans le village de Rutali (Haute Corse). J’exerce mon métier avec passion. Chaque jour, je me lève avec joie pour retrouver mes p’tits loups et mon équipe. Mes élèves sont ma vie et la moto un moyen de faire une petite parenthèse pour pouvoir leur donner, dés mon retour, le meilleur de moi-même. Vivre une passion, allez au bout de ses rêves, persévérer, s’amuser et avoir envie de progresser, sont des valeurs que j’essaie de faire ressortir de mes projets de classe. Parallèlement, je ne suis jamais loin de ma famille, j’essaie de leur apporter, le plus souvent possible, mon aide. Malgré leurs inquiétudes pour la moto et les départs sur circuit, ils m’encouragent à poursuivre ma passion. Chaque matin, mes élèves m’offrent leur sourire et leurs mots gentils, mes journées démarrent toujours à fond !!! Avec ma moto, c’est pareil, dés que je la vois, j’oublie mes soucis, je me régale, contente de la retrouver ! Elle est ma liberté, ma joie de vivre, mon double, mon phoenix.

Depuis quand fais tu de la moto ?

« Je fais de la moto depuis maintenant 11 ans. Mon rêve était d’avoir un R6 bleu et blanc depuis très longtemps et, c’est devenu ma première moto en sortant de mon permis malgré l’interdiction de mon moniteur. Depuis toujours, j’étais admirative des filles qui couraient en rallye routier comme le team Galinette avec Jess, Sonia ou encore nos insulaires comme Nathalie, Manou, Lucie et des autres pilotes comme toi, Lydia Truglio Beaumont.

Et de la compétition ?

Je me disais que jamais j’aurai cette chance de faire des courses que je n’avais pas ce niveau… Puis, j’ai franchi le pas, j’ai commencé la compétition, il y a 3 ans, par une course de cote qu’un copain organisait dans le nord de l’île. Il m’avait dit, viens, profite pour t’amuser sur route fermée, tu vas progresser d’un coup. Il avait raison, j’en suis devenue accroc, cela me rappelait mes compétitions de planche à voile ou de natation de ma jeunesse. Cet esprit sportif et de compétition me manquait : me dépasser, progresser, prendre plaisir.

Ensuite, j’ai participé à la première édition de la Women’s cup avec l’ouverture des 24h du Mans, il y a 3 ans. J’ai cru l’espace d’une course que je ressentais ce que les grands pilotes de moto GP connaissaient à chaque compétition. Les tribunes bondées, la foule, les commissaires, les drapeaux, cette émotion était si forte, que j’ai pleuré dés mon entrée en piste pour la mise en pré grille et en sortie de piste après avoir terminée sur mes deux roues. Cela a été l’apothéose quand des commissaires corses, qu’alors je ne connaissais pas, ont dressé droit devant moi la bandera, le drapeau corse. J’étais au paradis ! Un moment unique que l’on ne peut vivre qu’une seule fois. Des rencontres, de nouvelles affinités et amitiés sont nées et depuis, j’ai signé chaque année en women’s cup. Sur notre île, j’ai participé à toutes les courses de cote et aux rallyes routiers pour en quelque sorte me faire plaisir et soutenir l’organisation de compétitions motos.

Pour cette troisième année consécutive en Women’s Cup, j’ai eu la chance de rencontrer un couple fantastique, qui m’a offert de retaper ma moto pour en faire une bête de course. Je n’avais plus qu’à essayer de trouver des partenaires et des sponsors pour tenter les 4 manches de ce nouveau Championnat de France. A 42 ans, j’allais réaliser un de mes rêves : qu’on s’occupe de ma moto de manière professionnelle et qu’on m’aide à progresser en m’apprenant à dépasser mes limites et avec plaisir. Me voilà intégrée dans le team GM COMPETITION, préparateur Suisse. Après des dossiers de sponsoring déposés à droite et à gauche, quelques contacts et surtout des amis prêts à tout pour m’aider, même ma hiérarchie l’ « Education Nationale » m’a autorisée mes absences cette année, alors, je suis sur mon petit nuage et je remercie tout le monde infiniment.

La Women’s Cup, que nous en dit-tu ?

La première rencontre avec Phoenix, R6.2 est inoubliable. Elle brille à nous éblouir ! Elle est magnifique et n’attend que de rouler, mais voilà… Tout change… Le bruit, la position, la sensibilité, le freinage, la suspension, les vitesses inversées… je n’ai plus de repère… J’ai peur… Elle m’impressionne. Ce n’est plus la même… Après une journée de roulage, je me retrouve dans l’arène du Mans, sur le circuit Bugatti…

Première claque, je suis en finale B puis finalement repêchée en finale A… je n’y arrive pas… Je sais que la moto est top mais je ne suis pas. A Magny Cours, je roule un peu mieux mais cette appréhension est là et ne me quitte pas.

A Carole, il serait temps que je m’amuse et que je profite à fond de mon phœnix. Je fais mes premiers wheelings, des freinages un peu plus forts, lors des essais je ne me trompe plus de rapports… Je m’amuse mais ça glisse tellement que je ne réalise pas vraiment une belle course malgré la présence de mes amis parisiens. Alors, je me conditionne pendant l’été. Je bosse toute la saison pour essayer de renflouer les caisses et participer à la finale.

Pendant ce temps là, je vois les filles qui s’entraînent. Ça me manque ! La seule solution, être en forme physiquement pour espérer rivaliser avec elles. Choix pas vraiment judicieux car à la saison et aux grosses pertes et peines familiales, j’enchaîne une rentrée des classes difficile, l’organisation d’une course de cote qui prend toute mon énergie et des séances de kiné suite à une blessure à Carole… Peu de sommeil, peu de temps pour manger, c’est déjà l’heure de quitter la Corse pour rejoindre le continent. J’hésite, je suis épuisée, et je craque plusieurs fois en me disant que je ne tiendrai pas sur la moto… Mais comme la devise du WERC le dit si bien, pire que la défaite, l’abandon. Alors, on visera un top 10, enfin je l’espère ! Dimanche, c’est le jour J. Je ne m’attends à rien. Je sais que je suis crevée. Il faut juste que je respire, que je m’applique et que je fasse un bon départ. J’ai des copains qui sont là, le team, ma famille qui à distance me suit alors, il n’y a plus qu’à. C’est la première fois, que sur la pré grille, je ne ressens rien, pas de stress, je respire, je fais un signe à ceux qui sont près de moi et gazzzzzzzzzzzzzuuuuuuuuuuuuu. Je croise le regard de Mélodie Coignard au début du deuxième tour. Je comprends que c’est terminé pour elle… Une fraction de seconde, je pense très fort à elle, à Cedric et je me dis qu’il faut que j’assure… C’est le minimum que je puisse faire pour les remercier de m’avoir conseillée, aidée, rassurée toute la saison. Je m’applique, j’essaie de prendre tous les repères. Marina est à terre, je suis déçue car je sais qu’elle devait finir sur le podium, elle le mérite et c’est chez elle.

Drapeau rouge, je termine 10e. J’ai déjà une première fois gagné. C’est ce que je voulais, un top 10 !!! Mais c’est alors que le speaker, un ami du Rallye Routier, m’appelle et me dis de me dépêcher car je suis sur le podium. Alors, je réalise que tous les copains étaient en train de m’acclamer du toit pour me le dire ! J’étais première. J’ai bondi, trop heureuse, j’avais envie d’embrasser tout le monde !!! Un Rêve, je venais de gagner une deuxième fois… Ces précieux points rapportés avec cette dernière manche me valent de passer de la 7e place à la 3e place au Championnat… Whaou, 3 victoires en 1.

A ce moment là, je pense à tous ceux qui me soutiennent et qui sont toujours là pour moi, les inconnus, les amis, les entreprises, les copines blessées, Mélodie qui aurait du être aussi sur le podium, le petit Valentin qui m’a offert sa cagnotte de fin de saison car il avait lourdement chuté en motocross, je suis heureuse et en même temps triste.

Notre sport est plein de surprises. Mon Phoenix m’a offert le plus beau des cadeaux. Deux roulages détente cette année et 4 courses… Le budget est trop difficile à obtenir. Les traversées coûtent excessivement chères, les pneus, l’essence, les fournitures, les roulages aussi, malgré les partenaires comme GM Competition, 4G motos, CarGo location, B2M, SARL Corsina, Cycology, Tony’s Garage, Serra Plomberie,… On paie notre insularité.

Comment t’es tu préparée ?

Pour entraînement cette année, je n’ai fait que du vélo et de la course à pieds, peu de moto sur route par manque d’argent…

Je n’ai fait aucune autre compétition pour moi même. Mais j’essaie de développer la pratique de la moto en Corse en organisant des événements loisirs et sportifs. Mon association Corsica Moto Club compte plus de 70 adhérents et 10 licenciés compétition. Des bénévoles qui aident et donnent de leur temps pour que les autres motards et pilotes.

Quelques événements que nous avons organisés cette année ou encadrés : Moto Sécurité sur le Trail et le biathlon de Lucciana, Premier Rallye Surprise, Balades découvertes, encadrement de petits groupes pour travailler la conduite sur route « post permis » en collaboration avec l’école de Conduite Verdoni, la balade pour la journée de la femme en mars, la course de Cote Motos et Quads de Campile, Deuxième Trophée Lina (en souvenir de notre petite princesse des motards).

Quelque chose d’autre à nous déclarer ?

Oui, je suis actuellement vice présidente de la Ligue Motocycliste Régionale Corse et représentante féminine de ma Ligue. Notre club aide les jeunes pilotes en les aidant à payer leur licence FFM et en investissant dans du matériel, à disposition des motards. On essaie d’avancer sur les deux pôles de notre association : loisir et sportif.

Je suis actuellement la seule féminine à représenter mon île en Championnat de France. J’espère que mes résultats de cette année vont donner envie à d’autres féminines corses de se lancer dans les roulages sur circuit ou même en compétition. Ma passion est ma raison d’avancer, elle réunit je pense beaucoup de passionnés qui ont envie que j’aille au bout de mes rêves. Je leur en suis infiniment reconnaissante. Si j’ai le droit de tous les citer, je n’y manquerai pas. Je leur dois tout. Je leur dédie ma première victoire car c’est grâce à eux. Il n’y a pas que ceux qui me soutiennent financièrement, il y a aussi ceux qui m’envoient des messages, m’offrent des partenariats, m’aident au quotidien, ceux qui travaillent avec moi, ceux qui me suivent dans mes projets en tout genre !!!! RDV en 2019 ??!!! »

%d blogueurs aiment cette page :

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies (collecte, partage et utilisation des données) Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer