Sandrine Dufils : la moto contre le Lyme

Sandrine Dufils : la moto contre le Lyme

13 mai 2019 3 Par FIlleAuGuidon

Sandrine Dufils : une motarde en guerre contre une maladie peu connue, mal diagnostiquée et pas soignée, le Lyme

Sandrine Dufils, ancienne pilote moto, vice-présidente de Toutes en Moto, se bat depuis plus de 20 ans contre la maladie de Lyme. La moto, elle est tombée dedans quand elle était petite. Aujourd’hui, son Thruxton 900 Ace Café est son oxygène contre cette maladie évolutive encore trop peu connue et très mal combattue.

Le deux-roues, Sandrine Dufils l’a découvert à 14 ans quand son père a enfin accepté de lui offrir un 103 Peugeot pour parcourir les routes de Normandie où elle est née. Le 103 Peugeot : la liberté d’aller et venir sans avoir à demander aux parents de nous emmener, en particulier quand on adore la musique, qu’on a déjà monté un petit groupe et qu’on doit faire des répéts à gogo.

A 18 ans, elle passe dans la classe supérieure et obtient son permis gros cube. On est en 1986, elle est la seule femme sur le plateau et se rend vite compte que les femmes sont rares parmi les motards.

5 ans plus tard, avec son premier salaire, elle se paye sa première moto : une Virago 250. Elle est maintenant à Paris et son deux-roues est son unique moyen de transport. Reporter pour France 2, il lui permet de décrocher les scoops avant les autres qui se trainent en voiture. La moto, les copains, la musique, un taf sympa, Sandrine est heureuse. En 1995, elle achète le tout nouveau Yamaha 500 SR. Look au top mais … démarrage au kik ! La Sardine, comme la prénomment ses amis, pompe à chaque redémarrage. Ses tibias s’en souviennent encore …

sandrine dufils 500 SR photo alain elorza pour toutes en moto
Crédits Photo : Alain Elorza

Lors d’un week-end sur le circuit de Lurcy Lévis, elle découvre Les Pétroleuses, un groupe de filles qui roulent en moto sur la route mais aussi sur circuit. Hors de question de rester sur la ligne des stands. Sandrine emprunte la California 1000 d’un ami et se lance sur la piste avec les autres femmes. Elle attrape immédiatement le virus. Elle emprunte les motos à gauche à droite pour participer aux roulages puis elle s’achète sa première moto piste : une Honda 350 rouge.

La moto prend de plus en plus de place dans sa vie mais elle n’en oublie pas pour autant ses deux autres passions : la musique et l’équitation. En 2000, lors d’une balade à cheval, elle se fait piquer à la tête par une tique. Solide guerrière, elle arrache la bête et ne pense ni à désinfecter la plaie, ni à la montrer à un spécialiste. Grosse poussée de fièvre, malaise, elle ne fait pas le lien immédiatement, d’autant qu’elle a autre chose en tête à ce moment là. Elle vient de rencontrer le pilote Français Eric Saul. Après une grande carrière comme pilote Grand Prix, ce dernier a créé le championnat ICGP.

L’International Classic Grand Prix est le championnat des motos Grand Prix des années 1974 à 84. Sandrine essaye alors la fameuse TZ 350 et réussit à dompter le monstre. S’en suivent 10 ans de compétition au guidon de ces motos légendaires.

sandrine dufils en ICGP á Lurcy Levis

10 ans à rouler sur les plus beaux circuits dont le fameux anneau de Daytona qui fait encore frissonner Sandrine. « Là-haut, tu joues avec le vent ». Ouverture des 24 heures du Mans, Bol d’Or, Sandrine sillonne l’Europe pour rouler mais aussi pour jouer. Son groupe de rock, nommé les Flying Gaskets, est souvent de la partie.

En 2009, c’est le drame. Elle chute gravement sur les 24 heures du Mans. Coma, blessures, son petit bout a deux ans. Elle décide d’arrêter la compétition.

En 2012, alors qu’elle répète avec son groupe, elle flanche. Enorme fatigue, fourmillements, palpitations … elle part se reposer dans la Creuse mais rien n’y fait. Pensant que ses symptômes sont liés à une séquelle de son accident de 2009 elle consulte son neurologue. Après un examen approfondi, ce dernier ne trouve rien. Malgré son diagnostic, Sandrine sait que ses douleurs existent bien. Elle continue les examens. En cherchant, elle trouve que ses symptômes ressemblent beaucoup à ceux causés par la bactérie Borrelia responsable de la maladie de Lyme.

Le seul test reconnu en France et remboursé par la sécurité sociale est prénommé Elisa. Sandrine se le fait prescrire mais il s’avère négatif. « Si ce n’est pas le Lyme, qu’est-ce que cela peut bien être ??? » « Suis-je devenue folle ? » Sandrine doute et, comme la plupart de ceux touchés par cette maladie, elle enchaine les traitements inefficaces. En discutant avec d’autres malades et les docteurs qui connaissent le Lyme, elle apprend que le fameux test Elisa est négatif à 70% mais qu’un autre test existe. Le Wester Blot traque les traces laissées dans le sang par cette bactérie intracellulaire. Le test s’avère positif. Elle ne délirait pas. Sa maladie est bien réelle, elle s’appelle Maladie de Lyme.

Cette maladie, causée par une bactérie appelée Borrelia, est véhiculée principalement par les tiques. Elle touche 54 000 personnes en France et de nouveaux cas sont détectés tous les jours. On peut la soigner efficacement par une grosse dose d’antibiotique dans sa phase primaire qui suit la morsure de tique. Elle passe ensuite en phase dormante qui peut durer plusieurs mois ou années. Quand elle entre dans sa phase tertiaire, elle contamine tout le corps en se cachant dans les cellules de ses hôtes. Elle attaque le cœur, les poumons, les articulations, …

Si, en 2000, Sandrine avait pris une forte dose d’antibiotiques après la piqure, elle aurait peut-être pu tuer la bactérie avant qu’elle ne s’incruste dans ses cellules. Mais en 2000, personne ne parlait de la maladie de Lyme. Maintenant que la bactérie est réveillée, elle migre d’un organe à l’autre : poumons, cœurs, yeux … Sandrine voit ses amis partir en road trip et elle reste sur le trottoir. Aucun traitement n’existe encore. Pas assez de financement.

Lâcher n’est pas un mot qui fait partie du vocabulaire de Sandrine Dufils. Pour que les choses changent, pour elle et pour tous les autres malades, elle organise avec l’Association France Lyme un grand évènement le 18 mai prochain. Une marche dans Paris de 16h30 à 18h pour sensibiliser les pouvoirs publics, et une soirée avec un concert dont les 30€ de droits d’entrée (25€ en pré vente) serviront à financer la recherche contre le Lyme.

affiche urgence lyme avec Sandrine dufis

Nous vous y espérons nombreux.

Pour prendre billets : Urgence Lyme au Pan Pipper

Toutes les informations sur le Lyme et l’association France Lyme : Francelyme.fr 

Fille Au Guidon @FilleAuGuidon pour Mag’Motardes

sandrine dufils et ses amis contre le lyme
Crédits photo : Christian Geisselmann.